Quand Amma ne nous regarde pas
Partout dans le monde, les enfants d'Amma savent bien quelle béatitude leur remplit le coeur quand les yeux d'Amma croisent leur regard.
Le mental s'arrête et prend la tendresse de la fleur quand il plonge dans cette infinie compassion; on se sent submergé d'amour.
Dans cet amour, brille la certitude de ce lien Mère-enfant qui rayonne à la manière du soleil.
Le dévot ou le disciple a l'intime conviction qu'Amma lui appartient et qu'il lui appartient.
Mais à d'autres moments, on a beau se mettre juste devant Amma, on dirait qu'elle ne nous voit même pas. Alors on se sent perdus dans la foule et peut-être même que le doute s'infiltre sournoisement en nous et nous fait remettre en question la réalité de notre relation avec Amma.
Mardi dernier, un bramachari excédé par cette alternance apparemment sans fin d'amour et de perte d'amour et désireux de la transcender posa les questions suivantes à Amma. « Quand je pense aux moments où Amma m'a parlé ou regardé, je ressens beaucoup l'amour d'Amma. Mais quand Amma ne me manifeste pas son amour, je ne ressens pas d'amour à l'intérieur. Si mon amour oscille de cette manière, j'ai bien peur qu'en fait ce ne soit qu'un
amour égoïste pour moi même. Comment développer l'amour inconditionnel? »
Après avoir lu toutes les questions, Amma se mit à chercher l'auteur de cette lettre dans la foule. Après l'avoir repéré, elle le fit approcher d'un « Hep toi, viens un peu par ici! » amusé.
Le brahmachari se leva pour venir s'asseoir aux pieds d'Amma. Amma dirigea les yeux vers lui et le regarda un moment, puis elle s'adressa à tous les disciples et dévots qui l'entouraient. « Quand Amma ne le regarde pas, il ne se souvient pas des moments où Amma l'a regardé dans le passé. »
Et puis elle a posé une question: « Si nous allons prier dans un temple, de retour à la maison, il me semble bien que nous nous rappelons l'image du dieu qui est placée dans ce temple!
Alors si vous arrivez à vous souvenir de ce que vous avez vu dans un temple, comment se fait-il que vous ne puissiez pas vous rappeler Amma.
Si vous ne pensez à Amma que lorsqu'elle vous regarde, cela ne va pas. » Amma resta un moment silencieuse, puis elle demanda: « Un seul regard d'Amma devrait pourtant vous suffire! »
Puis Amma en est venue à parler du passage où le brahmachari se demande si quand il « aime » ou « n'aime pas » Amma, il ne fait en réalité que s'aimer lui-même de façon égoïste. « Tout le monde devrait s'aimer soi-même, le Soi, mais pas le corps.
Il faut que la coque de l'ego se brise pour permettre à l'arbre d'apparaître. Apprenez à connaître le Soi! »
PS : Il s'agit ici d'Amma... mais nous pourrions parler de l'amour qui nous lie à quelqu'un, nos enfants, notre conjoint, nos amis, notre Maître etc...
Quelle sorte d'amour avons-nous pour eux?
Les oublions-nous dès qu'ils sont hors de notre vision?
Nous tournons-nous vers eux que lorsque "notre je" en a envie? Ne nous mettons-nous jamais à la place de Celui que nous oublions, tout simplement parce que nous n'avons pas besoin de lui? Pensons-nous à sa tristesse? La plupart du temps nous ne faisons que prendre sans jamais donner... bien sur nous nous trouvevons toujours des excuses...
Cet égoïsme dont nous faisons preuve (parfois) est un mal qui ronge l'amour...